__ Mesdames
et Messieurs,
Chers Spectateurs,
__ Le
CRASA Théâtre dans la pièce « Processus
des Masques » :
__ Une
occasion pour moi à la demande des Organisateurs
de m’exercer à l’Esthétique
du spectacle à la suite de Alain BOYER (?) , qui
s’interroge :
des danseurs masques, constituent-ils une forme de théâtre
?
Existait-il en Afrique, avant la colonisation ?
Par les masques affirme-t-il, les Africains ont inventé des
formes de théâtralité que les Européens
ont longtemps cru étrangères à l’Afrique.
__ Si
l’on définit le théâtre
comme en Europe : une représentation, devant un
public, des scènes jouées par des acteurs
qui imitent des êtres humains, avec un face à face,
deux groupes séparés, ceux qui jouent d’un
côté, ceux qui regardent, écoutent
; effectivement, il n’existait rien de tel dans
l’Afrique traditionnelle, mais plutôt des
créations, des spectacles vivants, auxquels tout
le monde participe, des séances où surgissent
des danseurs dotés de masques d’une étonnante
inventivité, se livrant à des jeux de mime,
imitant des attitudes particulières.
__ Ainsi,
le porteur de masque, avec sa jupe de palmes, ses
clochettes aux pieds,
participe à un spectacle
total : il est inséparable d’une mise en
scène au sens théâtral du terme ;
__ Les
pas, les évolutions du danseur ont une importance
au moins aussi grande que l’effigie qu’il
arbore, alors que les chansons sont interprétées
par des groupes de femmes p.e qui reprennent les paroles
en chœur.
__ Il
est exalté par le public avec lequel il communique,
restitué dans un environnement qui le dote de
tous ses pouvoirs.
__ Bien
des Œuvres sont des symboles au travers desquels
une puissance de l’au-delà, un être
invisible, qui n’appartient pas à l’espace
d’ici-bas, est actualisé, présentifié dans
le monde des humains.
__ C’est en cela que les objets sont un langage dont
les humains se servent pour communiquer avec des créatures
de l’ailleurs, ou des supports, des habitacles
d’ « être forces » invisibles,
qu’il importe de symboliser pour leur rendre hommage.
__ Une
fois relégué dans une vitrine de musée,
ou proposé à l’admiration de visiteurs,
le masque n’est qu’un fragment amputé,
désincarné, une œuvre mutilée,
presque fantomatique, privée de sa coiffure, atours,
costumes, parures de fibres végétales,
de palmes, d’étoffes, de plumages dont se
revêtait le porteur, mais surtout de la gestuelle,
du rythme, de la danse, car pour obtenir son pleine sens,
il lui faut être entraîné dans l’ensemble
d’une cérémonie.
__ Mais,
il faut reconnaître par ailleurs : le masque,
tel qu’il est montré dans un musée,
même tronqué, est également presque
métamorphosé, pour resurgir, hiératique,
doté d’une splendeur sacrée, celle
qu’il avait perdue quand on le tenait entre les
mains, dérisoire objet de bois. Dans les jeux
de lumière d’un Musée, un masque
retrouve, non point sa véritable « horreur
sacrée » originelle, mais un succédané de
sacralité.
__ Il
existe plusieurs représentations.
__ -
Anthropozoomorphes. Il faut nous y arrêter.
L’accord d’éléments humains
et animaux, la délicatesse associée à la
vitalité, révèle un moment d’équilibre,
toujours précaire, inhérent à la
société ; il est l’image d’une
harmonie à conquérir et permet d’entrevoir
le mystère des rapports entre mondes civilisé et
sauvage dans les savanes arborées ou des forêts
qui furent jadis denses. En intégrant des formes
animales à l’intérieur d’un
ordre humain, l’artiste exprime par hybridation,
une sauvagerie assujettie, apprivoisée, une énergie
domptée, intériorisée.
__ S’il ennoblit l’animal du même mouvement
qui le conduit à idéaliser la figure humaine,
il retient d’une alliance obscure avec les bêtes
quelque chose de profond et de fort, et une fraîcheur
de sensation qui donnent à la création
sa part de séduction : une vie globale, animale
et humaine, charnelle et spirituelle, explicite et secrète,
circule, ininterrompue.
__ Mais
la combinaison d’un visage humain et de motifs
animaux a pour dessein surtout de traduire la double
face ou la double nature de la divinité, rattachée à l’humain
et à l’univers extérieur au village.
